Méditation pour le dimanche de la santé


9 février 2026

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Méditation lue le 8 février – dimanche de la santé

Jésus n’a pas dit « vous serez ». Mais il a dit « vous êtes la lumière du monde ». Pas hier. Pas demain. Aujourd’hui.
Il ne dit pas « vous les éblouirez par l’éclat de votre pensée ou de vos discours ». Il évoque plutôt une lumière discrète mais fidèle, comme celle d’une veilleuse dans la nuit, comme celle d’une flamme que rien ne peut étouffer.

Dans le domaine de la santé, cette parole de Jésus prend une tonalité particulière. En milieu hospitalier, dans les institutions accueillant des personnes porteuses d’un handicap, dans les EHPAD ou à domicile, les lieux de souffrance et de fragilité humaine sont aussi des lieux de grâce. Beaucoup peuvent en témoigner. Ceux qui y portent l’Évangile – aumôniers, visiteurs du Service évangélique des malades, soignants croyants ou autres chrétiens soucieux de leurs frères – sont appelés à être ou à révéler cette lumière : pas une lumière qui s’impose, mais une douce clarté, une présence qui éclaire sans éblouir. Oui, la lumière brille aussi dans les mondes traversés par la douleur, la souffrance, l’angoisse ou la mort. Elle vient sur nous par ondes successives…


Cette lumière-là ne brille pas depuis les lustres d’une cathédrale, mais au chevet d’un lit. Elle ne s’impose pas avec des mots de consolation facile, mais elle se donne dans une présence.


La lumière prend le visage de la compassion. Comme Jésus s’est penché sur les malades, les exclus, les blessés, nous sommes appelés à porter cette même tendresse de Dieu, manifestée en lui. Une tendresse qui ne supprime pas la maladie ou les épreuves, mais qui les habite et leur ouvre parfois un sens inattendu. La juste présence chrétienne n’est pas démonstrative. Elle est discrète, mais réelle, comme une veilleuse dans la chambre d’un enfant.
Elle ne brille pas pour elle-même : elle éclaire le visage de l’autre. Elle se propose avec respect, sans éblouir. Elle ne cherche jamais à convaincre ou à ramener à elle.


Cette lumière ne nait pas de nous-mêmes. Elle nous est confiée. Elle vient du Christ.

Dans l’Évangile selon Jean, Jésus dit : « Moi, je suis la lumière du monde » (Jn 8,12). Ce que nous portons dans la pastorale de la santé, ce n’est pas notre propre clarté, mais la lumière du Christ, que nous recevons dans la prière, dans les sacrements, dans la méditation de la Parole.
C’est lui qui nous donne d’être sa lumière. Nous la portons dans les veilleuses fragiles que nous sommes. Rien n’est jamais gagné. La flamme qui nous anime risque toujours de vaciller. La pastorale de la santé sera toujours un lieu de pauvreté spirituelle où chacun fait l’expérience de ses limites, de son impuissance devant la souffrance, la maladie et la vieillesse. C’est pourtant là que se révèle la lumière du Ressuscité : elle ne supprime rien, mais elle traverse toutes les fragilités. Elle n’empêche pas la mort mais la traverse ; elle ne supprime pas la souffrance physique ou psychique, mais elle dépose en elle une espérance.
Être lumière, c’est à la suite de Saint Paul dire « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2,20). Être lumière, c’est accepter de s’effacer pour que l’autre rencontre Celui qui peut vraiment éclairer sa nuit. Cela suppose une grande humilité, un vrai dépouillement intérieur en laissant place à la présence aimante de Dieu.


Dans la pastorale de la santé, nous découvrons que la lumière n’est jamais le monopole de quelques-uns. Qui est lumière pour l’autre ? Le visiteur ou la personne visitée, l’aumônier ou la personne dans son lit, l’animateur ou la personne porteuse d’un handicap ? Chacun, assurément !
Très souvent, ce sont les malades, les personnes âgées ou les personnes porteuses d’un handicap eux-mêmes qui nous éclairent : par leur patience, leur humour quelquefois, leur foi ou leur capacité à espérer. Il n’est pas rare de sortir d’une visite le cœur bouleversé par une parole simple, une confiance offerte, une paix intérieure surprenante.
Être lumière, c’est aussi reconnaître la lumière chez l’autre, même affaibli, même dans le silence. Il ne s’agit pas d’illuminer quelqu’un, mais de l’aider à voir que la lumière de Dieu est déjà là, même si elle semble voilée par la souffrance. C’est la grandeur de l’évangile de se révéler en chaque personne, sans exception.
Ceux qui visitent les malades témoignent souvent qu’ils reçoivent plus qu’ils ne donnent. Dans ces lieux de vulnérabilité, ils découvrent des éclats de lumière, de courage, de confiance bouleversante. Une femme âgée qui prie pour ses petits-enfants malgré ses douleurs, un homme en fin de vie qui bénit les soignants avec reconnaissance, un enfant qui garde le sourire dans l’épreuve : autant de lumières offertes à ceux qui les entourent.
Nous ne sommes jamais seuls à porter l’espérance. Il y a la famille, les équipes soignantes, les bénévoles… et le malade lui-même. C’est un ministère de la réciprocité. Dieu utilise non pas les bien portants ou les malades comme des héros, mais comme des frères et sœurs en humanité. Nous nous aidons mutuellement à vivre.


Enfin, être lumière du monde dans le cadre de la santé, c’est participer à l’œuvre de Dieu qui rassemble et console
. Dans ce monde-là, l’Église se fait humble servante de la fraternité. Chaque visite, chaque parole, chaque présence devient alors un sacrement de la lumière, un signe discret mais réel que le Royaume est proche, même dans la chambre d’hôpital, même dans les ultimes instants de la vie.
Être la lumière du monde, c’est aussi participer à l’œuvre de communion que Dieu veut réaliser au cœur du monde. Par une simple visite, une écoute attentive, une prière partagée, nous contribuons à faire naître ou renaître une relation, à réconcilier une personne avec elle-même, avec Dieu, ou avec un proche.
La lumière ne divise pas. Elle rassemble. Elle ouvre un espace où chacun peut se sentir reconnu, aimé, accueilli. Dans un monde où le malade est parfois perçu comme un poids ou une dépense, le service des frères fragilisés par la maladie, le handicap ou la vieillesse rappelle que toute vie est précieuse, unique, sacrée. Elle affirme avec force que nul n’est inutile, même dans le grand âge ou dans l’épreuve du corps.
Au jour le jour, la lumière du Christ qui passe par nos vies dans de multiples rencontres annonce, même timidement, la victoire de la vie sur la mort. La pastorale de la santé devient alors un lieu prophétique : elle rend visible un Dieu qui ne se tient pas à l’écart du vrai de la vie. Elle atteste que l’espérance est non pas une illusion, mais une lumière enracinée dans la Résurrection.
Sans briller de mille feux, elle ouvre la porte à l’espérance et manifeste, dans l’épaisseur des vies blessées, la tendresse de Dieu.


Raphaël Buyse, prêtre et auteur